« Allez, ça va passer. »

« Il y a pire. »

« Il faut relativiser. »

« Tu as pourtant tout pour être heureux. »

Nous avons probablement tous entendu un jour l’une de ces phrases.

Peut-être les avons-nous aussi prononcées.

Souvent avec de bonnes intentions.

Pour rassurer.

Encourager.

Réconforter.

Comme si, lorsque ça ne va pas, il fallait assez vite que ça aille mieux.

Mais pourquoi avons-nous parfois autant de mal à laisser ces moments exister ?

Depuis l’enfance, nous avons aussi pu entendre :

« Ne pleure pas. »

« Sois fort. »

« Ce n’est pas grave. »

« Il faut prendre sur soi. »

Les mots changent selon les familles, les générations et les histoires.

Mais derrière, il peut parfois rester la même idée : tenir, avancer, ne pas trop montrer quand ça ne va pas.

Et sans vraiment nous en rendre compte, certaines de ces façons de faire peuvent devenir les nôtres.

Il faut tenir.

Il faut que ça passe.

Je dois me ressaisir.

Et puis il y a cette question que l’on pose presque machinalement :

« Ça va ? »

Et cette réponse qui arrive parfois tout aussi vite :

« Ça va. »

Par habitude.

Par politesse.

Parce que ce n’est pas le moment.

Parce qu’on n’a pas envie d’en parler.

Ou simplement parce qu’on ne sait pas toujours quoi répondre.

Mais quand nous demandons « ça va ? », sommes-nous vraiment prêts à entendre une autre réponse ?

Et lorsque ça ne va pas, nous autorisons-nous à le dire ?

Parce que la vie, elle, continue.

Un repas est prévu.

Une sortie.

Une invitation.

Des proches que l’on doit retrouver.

Alors, que faisons-nous ?

Est-ce qu’on sourit pour ne pas plomber l’ambiance ?

Est-ce qu’on fait comme si de rien n’était ?

Est-ce qu’on essaie de retrouver rapidement le visage que les autres ont l’habitude de voir ?

Ou peut-on aussi dire :

« Aujourd’hui, ça ne va pas vraiment. »

Être là quand même.

Parler un peu moins.

Avoir besoin de rester dans sa bulle.

Ne pas avoir envie d’expliquer.

Participer autrement.

Lorsque nous sommes heureux, enthousiastes ou de bonne humeur, nous cherchons rarement à faire disparaître rapidement ce que nous ressentons.

Avec la tristesse, la colère, la peur ou la déception, c’est souvent différent.

Pourquoi certaines émotions sont-elles alors si difficiles à laisser s’exprimer ?

Peut-être parce que les larmes de l’autre peuvent nous toucher.

Parce que sa colère peut nous mettre mal à l’aise.

Parce que nous ne savons pas toujours quoi dire ou quoi faire.

Alors parfois, nous cherchons à rassurer, à apaiser, à faire en sorte que ça passe.

Avec de bonnes intentions.

Mais peut-être aussi parce que nous sommes nous-mêmes démunis face à ce que l’autre exprime.

Et pourtant, il y a des moments où ça ne va pas.

Une mauvaise nouvelle.

Une déception.

Une colère.

Une journée plus difficile.

Parfois quelques heures.

Parfois quelques jours.

Des moments passagers qui font aussi partie de la vie.

Lorsque le mal-être s’installe, dure ou devient difficile à vivre, nous ne sommes plus dans ces moments passagers dont il est question ici.

Mais ces moments ne disent pas pour autant que tout va mal.

Simplement, sur le moment, ça ne va pas.

Et si nous n’avions pas toujours besoin de faire disparaître ce que nous ressentons, mais simplement de lui permettre d’exister un moment ?

De s’exprimer.

Par des mots.

Des larmes.

Un silence.

Ou autrement.

Cette question de l’expression traverse aussi ma manière d’accompagner.

En art-thérapie contemporaine, tout ne passe pas nécessairement par les mots. La création peut aussi permettre d’exprimer autrement ce que l’on ressent, sans avoir à l’expliquer.

Alors, dans ces moments-là, pourquoi faudrait-il toujours retrouver si vite le sourire ?

Et lorsque nous faisons taire une émotion, est-ce qu’elle disparaît vraiment ?

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